L’histoire de Jolien, la femme derrière le volant
Certains regardent et lèvent le pouce. C’est toujours agréable, mais pour moi, ce travail est tout simplement normal.

Chez TVH Equipment, Jolien Jonckheere (35 ans) est notre seule chauffeuse. Depuis un an livre et récupère-t-elle des machines aux quatre coins de la Flandre, parfois même jusqu’en Wallonie ou dans le nord de la France, toujours accompagnée de ses deux petits chiens dans la cabine. « J’ai arrêté pendant cinq ans, mais ça me manquait tellement que j’ai tout simplement recommencé », raconte-t-elle.
Du soin animalier au secteur du transport
Que Jolien devienne un jour chauffeuse n’allait pourtant pas de soi. Elle a étudié les soins animaliers, mais s’est vite rendu compte que les perspectives étaient limitées. Ce qui lui est resté en tête ? Les trajets qu’elle faisait avec son oncle, chauffeur poids lourd. « J’allais souvent avec lui. C’est comme ça que l’envie est née », explique-t-elle. À seize ans, elle entame la formation de chauffeur à Courtrai : deux ans d’études, suivis d’une spécialisation axée principalement sur le stage et la partie administrative.
Jolien travaille aujourd’hui pour TVH Equipment en sous‑traitance via LDM Transport. Son ami, qui roulait déjà pour LDM et transportait régulièrement des nacelles pour TVH Equipment, l’emmenait parfois avec lui. « Ça m’a énormément attirée », dit-elle. « Avant, je travaillais dans le frigotransport : beaucoup d’attente et souvent les mêmes trajets. Chez TVH Equipment, chaque journée est différente. Il faut réfléchir : où puis‑je manœuvrer ? Comment entrer dans cette ruelle étroite ? Où garer le camion en sécurité ? »
La variété est immense : routes de campagne tranquilles, circulation dense en ville avec des rails de tram, ruelles serrées ou chantiers où il faut parfois chercher la machine. « J’aime quand il y a du défi », affirme-t-elle. « Et c’est précisément cette combinaison de variété, d’autonomie et de responsabilité qui m’a décidé à rouler pour TVH Equipment via LDM. »
Une femme dans un monde d’hommes
« Au début, l’équipe était un peu dans l’attente. On voyait qu’ils se demandaient : combien de temps va‑t‑elle tenir ? » sourit Jolien. «Mais j’ai toujours reçu du respect et de l’aide. L’ambiance est vraiment bonne. » Aujourd’hui, elle se sent pleinement intégrée. Et oui, les gens réagissent parfois lorsqu’ils la voient travailler. « En ville, certains s’arrêtent, regardent et lèvent le pouce. Je reçois beaucoup de réactions positives. Quand j’avais 19 ans, on me demandait parfois : “Où est ton papa ?” mais ça n’arrive plus. » Devoir prouver qu’elle est capable ? « Au début oui, mais comme tout le monde. Une fois qu’on voit comment vous travaillez, le respect vient naturellement. »
Lorsqu’on lui demande si les femmes ont des qualités particulières derrière le volant, elle reste pragmatique. « Je ne pense pas que ce soit lié au sexe. Chacun a ses propres talents. Je tiens beaucoup à une cabine propre et à un camion bien entretenu, c’est important pour moi. Mais honnêtement, mes collègues masculins sont tout aussi soigneux. Ils ne doivent vraiment pas rougir. »
Défis quotidiens et petits moments de bonheur
Les grandes villes restent les situations les plus délicates. « Les gens se mettent parfois beaucoup trop près lorsque je monte une machine sur le camion, sans se rendre compte du poids ou de la trajectoire. À Sluis, j’ai dû aller dans une rue commerçante. Là, on se rend compte à quel point il faut rester vigilant. » Le stress, elle l’a apprivoisé. « Avant, je stressais plus vite. Maintenant, je sais qu’il ne sert à rien de s’énerver. » Une livraison de nuit à Roubaix lui a laissé un souvenir particulier : « Un sans‑abri est resté me regarder pendant que j’allais chercher une machine à pied. Il n’a rien fait, mais on se rend compte que ça pourrait aussi se passer autrement. »Et puis, il y a les petits moments de bonheur : « Ce matin encore, une petite route très étroite. J’ai réussi. J’ai pris une photo et je l’ai envoyée à mon compagnon. Ces moments‑là me rendent fière. »
Récemment, elle a conduit deux jours avec une remorque surbaissé pendant que son camion était en réparation. « Des machines plus grandes, plus de puzzle pour charger… Parfois je me dis : “Ça ne passera jamais”, et puis ça passe. C’est un sentiment génial. »
Avant de revenir sur la route, Jolien a tenté un travail administratif après une surcharge physique dans un emploi précédent. « Un beau travail, avec des possibilités d’évolution, mais j’étouffais entre quatre murs », dit-elle. Cette période lui a surtout appris ce qui lui manquait vraiment :
« La liberté, la variété, être dehors. Je n’ai pas besoin de grand-chose : mon travail et ma photographie me suffisent. » Elle souhaite toutefois encore progresser techniquement.
« Quand une machine ne démarre pas, j’aimerais pouvoir diagnostiquer le problème plus vite. On peut toujours appeler le service technique, mais j’aime apprendre. »
Son message pour les autres femmes
« C’est un métier exigeant », explique Jolien. « Il faut se lever tôt : mon réveil sonne à 2 heures du matin et les journées sont longues. Le soir, je suis épuisée. Pour moi, ce serait impossible à combiner avec des enfants, car il faut être pleinement disponible, à la maison et au travail. »
Elle insiste : ce n’est pas une question de sexe, mais de réalité du métier. « Il faut tenir le rythme, gérer la circulation, les imprévus. Rester calme quand c’est difficile, réfléchir en permanence, surtout dans les rues étroites ou les grandes villes. Tout le monde n’est pas fait pour ça, homme ou femme. Moi, j’y trouve justement mon énergie et ma satisfaction. »
Quand elle a commencé, on croisait très peu de femmes dans le transport. Aujourd’hui, elles sont plus nombreuses. « Mais chez TVH Equipment, je reste la seule », dit-elle en riant.
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